J’ai couru Big Sur International Marathon

Mais quelle semaine !

Le week-end précédant le marathon de Big Sur, je pars en déplacement sur le salon professionnel le plus important de l’année. Au programme : retrouver mes collègues français, des restos le midi et le soir, passer la journée à piétiner debout. Des conditions idéales, pour une semaine précédant un marathon.

Je fais ma dernière séance longue dès que j’arrive à Baltimore : 1h20 de footing qui va me refiler la pêche et me redonner de la confiance. Les deux dernières semaines avant une course (avec ma petite expérience) me font complètement tourner hypocondriaque  : “arght c’est quoi cette douleur au genou ? Pourquoi le tendon il fait ca ?”. Bref, l’inquiétude de ne pouvoir courir la course à fond alors que l’entrainement vient de durer 16 semaines… dans toutes les conditions : 2 mois sans passer au dessus de 0°c, de la neige, beaucoup de glace, des températures extrêmes… Un entrainement taillé sur mesure pour un marathon en Californie…

Le dernier run du mercredi est un désastre : ca fait 3 jours que je passe 9 heures debout, la fatigue, le stress… Je passe 30 mn à courir sans plaisir. Au niveau mise en confiance 4 jours avant un marathon on a fait mieux.

Samedi matin

Depart Pour la Californie - Newark Airport

Départ Pour la Californie – Newark Airport

Réveil à 4h20 pour aller prendre l’avion. 6 heures de vol pour traverser le pays d’Est en Ouest. Arrivée à San Francisco, je vais chercher ma voiture de loc pour aller rejoindre Monterey : “Vous venez en Californie que 36 heures ?  Vous venez voir de la famille ? – Non je vais courir une course ? – Ah bon, quelle course ?  – Le marathon de Big Sur. – C’est combien de km un Marathon ? – 42 km, un peu plus de 4 heures pour moi.”. Les gens me regardent avec de grand yeux : la distance semble encore impressionner.”

2 heures de voiture pour aller rejoindre Monterey. Direction un resto Italien pour faire le plein de pâtes puis direction l’expo pour retirer le dossard. Super organisation qui se confirmera tout le long du weekend.

Le soir c’est au lit très tôt. Malgré la joie de vivre de mes voisins jusqu’à 22h, j’arrive à dormir un minimum : une meilleure nuit que pour le marathon de Philly.

J-1

Le matos pour la course

 

Dimanche : jour de course

2h50 du mat. Mais quelle idée sérieux de se lever à cette heure là pour aller courir. On a rdv dans le centre de Monterey pour aller prendre le bus. Meme organisation que Boston. Tout le monde en file indienne pour monter dans les bus scolaires qui partent donc de la ligne d’arrivée pour rejoindre la ligne de départ.

Big Sur Marathon 2015(8)

42.195 km de bus…

Le bus qui pêne dans les montées avec le chauffeur presque à l’arrêt en train de repasser la première pour relancer dans les virages ; debout sur les freins dans les descentes. On s’éclate comme des fous : une ambiance de malade dans le bus : ça chante, ça danse, là ola, des hip hip hip houraaa à tout va…. Non en fait c’est une ambiance plus que mortelle où tout le monde souhaite que le bus se loupe dans un virage pour ne pas à avoir à se taper le retour en courant !

On arrive sur le lieu du départ 2 heures avant le lâché des fauves. On se place en face de l’arrivée des bus pour patienter. Les visages sont blancs, livides : on sent une petite atmosphère sympa qui mélange du “j’ai pas dormi, me parle pas, me regarde pas” avec du “quelle idée j’ai eu de signer pour ce marathon, mais quel grosse tache je suis”.

30 mn avant le départ, ça se réveille. Le café, l’eau, les jus d’orange, les bananes : tout est prévu pour que les futurs marathoniens se sentent à l’aise.

6h45 : on s’aligne tous sur la ligne de départ. 3500 coureurs qui attendent ça depuis 6 mois. The National Anthem (hymne Américain) chanté par une voie tenor : les frissons comme à chaque fois. Le petit truc qui te fout la dose d’adrénaline qu’il faut pour te mettre a 200% dans la course.

Big Sur Course Map

Big Sur Course Map

Big Sur Marathon Elevation

Big Sur Marathon Elevation

Top départ : on attaque par une descente près de 2km. Tous mes doutes disparaissent sur ma forme du jour. J’ai envie de courir depuis que j’ai mis un pieds dans le bus. Je pars quelques dizaines de mètres devant le meneur d’allure du 4h00 avec l’espoir que peut-être je ne le reverrai jamais.

Big Sur Start Line GoogleStreetView

Big Sur Start Line – Google Street View Image

On traverse les bois sur 5 Km. L’impression de courir dans les forets Pyrénéennes : le soleil se lève à peine, ambiance fraîche : c’est plus que parfait pour commencer la course.

2 km de plus pour arriver jusqu’au km 7. Jusque là, c’était de la balade du dimanche pour chauffer les cannes…

Big Sur Marathon 2015(6)

Les faux plats a n’en plus finir

 

A partir du 7eme km la course commence réellement : on passe sur un faux plat de 7 km pour arriver au pied de LA montée.

Prairies à droite avec des fermes isolées, des vaches (isolées aussi) et à gauche la falaise, l’océan pacifique à perte de vue : les sublimes paysages de cartes postals de Big Sur.

Quelques bourrasques de vents apparaissent… c’est pas ce qu’avait annoncé la méteo ! Ce léger faux plat devient avec ce vent une petit montée de 7 km : mon mètre 90 tape dans l’oeil de certains qui n’hésitent pas à me coller à la chaussure… et qu’est-ce que j’adore qu’on me colle… Les mecs comprennent vite que c’est pas du tout le genre de truc qui m’amuse : je me déplace de droite à gauche et n’hésite pas à lever le pied juste pour laisser passer les pots de colle qui cherchent à s’abriter derrière mon impressionnante carrure de 77 kg… : même effet que de chercher à se protéger du vent avec un crayon.

Big Sur Marathon 2015(7)

KM 16 : Je suis dans une allure qui peut m’amener à finir ce marathon en 3h58 par rapport à mon 4h10 de Philadelphie en Novembre pour 1er Marathon. Je suis plus que satisfait à ce moment de ce début de course, mais ne me fait pas d’idées sur le fait que ce marathon va être très long.

Le moment que tout le monde redoute depuis son inscription est là : LA montée de Big Sur. Celle où le chauffeur du bus était debout sur les freins.

3.5 km / 165 m de dénivelé. Du vent, du vent et encore du vent…

Un Iron Man court au même niveau que moi depuis le début. On se regarde avant d’attaquer la montée : “Donc c’est là que commence le marathon ?” je lui lâche. Ca le fait marrer, on se fait un check en courant, un “Have Fun !” et on attaque chacun à notre allure cette montée infernale.

Je ralenti considérablement mon allure pour suivre mon plan : ne pas dépasser les 10 km/h dans les montées pour ne pas exploser à mi-parcours, et ça marche ! Cette montée est taquine : on pense être arrive mais il reste encore quelques virages à passer : ma Suunto indiquait l’altitude et j’avais imprimé le profil donc je n’étais pas du tout surpris… mais apparemment ce n’était pas le cas de tout le monde. J’arrive a Hurricane Point, qui portait bien son nom ce jour-là, dans de super conditions. Je lâche un gros “Yesss” tout en haut : je sais que la plus grosse montée est passée.

Mon enthousiasme ne dure pas tant que ça : je redoutais les montées et m’étais beaucoup entraîné cet hiver en reproduisant les mêmes % de pentes qu’à Big Sur sur mes footing et sorties longues ; les descentes ont été les plus dures à gérer.

Bixty Bridge

Bixby Bridge

Je passe le semi-marathon au niveau du point le plus beau du parcours : Bixby Bridge. Le pianiste avec son piano à queue est au RDV : beaucoup s’arrêtent pour prendre des photos. Moi je me focalise sur mon estomac : je viens de capter qu’il est 9H, ca fait presque deux heures que je cours, et il est midi dans le New Jersey : j’ai la fringale. Le petit dej a été bien rempli, j’ai mangé deux bananes avant de m’aligner au départ… mais mon horloge n’a pas bougé.

J’ai une barre Cliff dans mon CamelBack : je sais que ça plombe l’estomac, et j’aurais franchement du travailler plus sur ce point là. La barre en partie ingurgitée, j’ai une crampe énorme à l’estomac qui ne passe pas du tout. On passe devant le ravitaillement, je décide de marcher 10s en essayant de manger un bout de banane : c’est encore pire !

Je me remets à courir en me focalisant sur autre chose, ça passe petit a petit. Je mange mes gels qui passent “un peu mieux” que les barres…même angoisse à chaque fois que j’en ouvre un !

Je recommence à avoir du réseau : les notif’ Whats app ne s’arrêtent plus. Ma femme et ma fille avec plein de photos “keep running Daddy”, les encouragements de ma frangine, mes parents, des copains : ça tombe au meilleur moment !

La dernière descente après le passage du semi m’a cassé les jambes : je me pose beaucoup de questions sur les montées et en fait les descentes sont beaucoup plus traumatisantes pour l’organisme.

Je continu avec un rythme stable jusqu’au 30 environ : les montées qui ne s’arrêtent jamais à 10 km/h et les faux plats / descentes avec un pace rapide.

Le profil du parcourt commence à sérieusement peser sur tout le monde. De mon cote le plan d’entrainement a été super efficace : je colle toujours avec les 4h00 après 25 km malgré les crampes à l’estomac.

Fin du parcourt Km 30 à 40

Le fameux “mur” ? Bin non… encore une fois j’ai le regret de vous annoncer ne pas avoir eu le privilège de de rencontrer ce fameux MUR.

Pas de mur encore une fois, par contre des crampes. A partir du KM 30, je sens les crampes monter, chose que je n’ai jamais eu auparavant, dans ma longue expérience du running, 1 an et demi donc. Je décide pour pouvoir garder le rythme de marcher 15 secondes à chaque ravitaillement ou tous les deux ravitos, soit tous les 1,5 / 3 km. J’ai fait ça 4 fois ce qui m’a permis de recharger les batteries et détendre les jambes… et pouvoir continuer jusqu’au bout.

Autour de moi ça tombe comme des mouches. Des mecs que j’ai vu passer comme des flèches il y a 30 mn sont sur le bord en train de faire des étirements ou assis sur le trottoir regard dans le vide. Beaucoup marchent dans les montées et dans les descentes.

Les deux derniers km

Des crampes encore plus fortes : ma Suunto annonce 4:01:30, au passage de la finish line. Argh ! Je paye les marches de 15 s, mais en même temps si je n’avais pas marché… bref on ne reviendra pas en arriere.

Je me lance sur du “t’auras tout le temps d’avoir mal aux jambes après la courses” (merci Greg, ça m’a bien servi !), pour coller le plus possible au 4:00:00.

Les organisateurs avaient annoncé la couleur lors de l’inscription : comptez 20 mn de plus que votre temps habituel. Le vainqueur a d’ailleurs mis 2h30 : loin, très loin des temps des marathons de Berlin. De mon cote je suis 10mn en dessous de mon premier marathon à Philadelphie, couru 5 mois plus tôt.

Je commence a accélérer mais arrive la dernière montée : les 3/4 des runners ne courent plus dans cette montée. J’arrive en haut avec une allure tres lente mais toujours en courant.

Le dernier Km est au mental et uniquement au mental : “j’ai pas mal, j’ai pas mal, j’ai pas mal”. Ça tire de tous les cotes mais j’accélère quand même. La montre m’a fait passer en dessous les 4h01, j’essaie de tenir le rythme pour me rapprocher des 4H00.

La finish line au fond : beaucoup de monde sur les cotés. Le speaker qui annonce tous les finishers dès qu’il sont à 100m de la ligne d’arrivée “Sylvain 4 houuuuurrrrssss” : sympa comme accueil !

Je passe la ligne en 4:oo:28s, largement dessous de mes espérances vu la complexité du parcours et des petits pépins durant la course.

IMG_20150427_202425

 

Aucun regrets donc de n’avoir pas pu passer sous les 4 heures : j’étais à Big Sur avec un objectif, un espoir, de faire mieux que Philadelphie, 4:10:00.

L’entrainement en hiver, avec les conditions que l’on a eu cette année, avec le plan de chez http://www.conseils-courseapied.com à fonctionné à merveille.

Un gros MERCI à ma ptite femme et ma fille pour leur support pendant ces 16 longues semaines, à la famille et copains pour tous leurs messages, à la communauté des runners sur twitter pour leurs bons conseils et spécialement Damien et Greg. Un grand merci au Coach Eric Calmels qui très sympathiquement m’a été d’une grande aide en me faisant faire du gainage qui c’est avéré très très efficace !

 

Prochain Marathon dans 6 Mois, le 25 Octobre : Washington DC Marines Corps Marathon !

Marine Corps Marathon

Marine Corps Marathon

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22 Comments on “J’ai couru Big Sur International Marathon

  1. Encore bravo pour cette course et pour ce résultat. Chapeau m’sieur 😉
    Sympa la petite dédicace.
    Hâte de suivre ton futur exploit à washington.

    Liked by 1 person

    • Merci !
      J’espere que tu vas vite te rétablir que tu puisses continuer rapidement ta course aux records !
      C’est quand la prochaine aux usa ?

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      • Rien de prévu sur les USA pour le moment. J’espère aller à Londres en avril 2016 sinon ça sera Barcelone. On verra plus tard pour Boston.

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    • Merci Luc. Merci encore pour ton aide sur les choix d’équipements pour courir tout l’hiver dehors.
      Chalenge “Boston – Big Sur”… Ou “Big Sur”… A mettre dans la Bucket List 😉

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  2. Félicitations. Gagner 10min sur un marathon avec ce profil, c’est la classe.
    Surtout qu’à priori y a eu un peu de souffrance sur la fin mais pas plus que ça finalement, donc bonne gestion. .
    bah un grand bravo!!!

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  3. Encore bravo mon pote, je savais eu tu allais les faire ces 4h 😉 En revanche se levé à 2h50 bordel tu es barge ^^ Et merci pour la dédicace

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    • J’ai triché avec mon décalage horaire mais ca faisait quand même super tôt avec la semaine que j’avais passé et l’avion à 6h du mat la veille…

      Merci mon pote pour ton aide et tes encouragements pendant la prépa et la course !

      J’ai pas encore couru 150bornes en 24h : c’est pas moi le barge dans la l’histoire ! 😁

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  4. Quelle aventure… Bravo pour cette belle perf! 10′ de mieux sur un parcours aussi technique… wahou!
    Par contre, je sais qu’il a les fusealux horaires et tout ça mais dans 6 mois, on sera en octobre, pas en avril! 😁

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    • Oh mince j’ai marqué avril 😁😁😁😁. Je vais corriger ca de suite. Bien vu !
      Merci encore pour tes encouragements avant la course !

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