Petite balade de 160km autour de New York

Courir 4 Marathons dans la même journée : ça, c’est fait !

Un an que je soûle tout le monde avec ça. Un an que je m’entraîne pendant des heures et des heures chaque weekend en essayant de perturber le moins possible l’emploi du temps de toute la famille : en attendant le blues du runner qui met du temps à arriver cette fois – je vais vous parler de ce fameux 100miles / 160km ! Et je vais essayer de ne pas tomber dans le piége du compte rendu bien chiant, mais ça ne va pas être évident quand même : ca reste un compte rendu de course.

C’est quoi ce truc “TGNY100” ??

Petit rappel pour les deux du fond qui n’ont rien écouté : loin des courses qui surgissent partout, loin du marathon de New York a 300$ avec en prime une loterie pour choisir celui qui paiera, loin de la liste d’attente de 3ans des gros trails, il y a le TGNY100.

Deux ultra runners New Yorkais, recordman des 48h Canadiens et USA, trouvant regrettable qu’il n’y ai pas un gros Ultra sur NY ont créé cette aventure : une course sans dossard (uniquement un bracelet), sans tracking, sans barrières pour bloquer la circulation. De super bénévoles positionnés tous les 8km environ : libre à eux d’amener ce qu’ils veulent pour ravitailler les 92 coureurs  – l’eau est fournie par l’organisation.

La boucle de 100miles passe par les ponts les plus majestueux et les plus belles plages de New York : Coney Island, Rockaway Beach, Pelham Bay…

Si vous voulez voir la vidéo de présentation de cette course c’est par ici. C’est suite au visionnage de cette vidéo que j’ai craqué pour me lancer sur le 100km l’année dernière :

Pour le parcours ça donne ça : départ de Time Square, on traverse Central Park puis on remonte sur le Bronx. Redescente par le Bronx puis le Queens, Brooklyn et on revient sur Time Square… 160KM (168KM en fait… 4 Marathons donc au final).

Le 100km que j’ai couru il y a exactement un an était sur le même parcours mais s’arrêtait ààà… 100km / 62miles. C’est bon il y en a qui suivent !

Donc cette fois on a pu découvrir la suite du parcours qui nous ramenait à Time Square.

En fait, j’avoue : la seule raison pour laquelle j’ai voulu courir le 100miles était pour une raison de logistique évidente : c’est quand même plus pratique de poser la voiture à Time Square sur la ligne de départ et la trouver à Time Square à l’arrivée que de reprendre le métro depuis le Queens! Non elle est pas bien mon excuse ?

C’est moi…

Donc vous aurez remarqué le “on” un peu plus haut : cette fois-ci j’ai couru avec mon pote Olivier. Il avait déjà fait l’UTMB en version 150K quand il était jeune lol et quelques expéditions sur neige. Je ne suis pas idiot non plus : j’ai pris un HAUT-Savoyard avec des mollets d’acier qui n’allait pas pleureur pendant 24heures . Il n’a pas fallu trop insister pour l’entraîner dans ce trip.

Le jour de la course

Ça démarre donc sur Time Square à 5h du mat. Je n’ai jamais, mais vraiment jamais été aussi détendu le jour d’une course : une nuit où j’ai dormi comme il faut… C’est peut-être ça le secret ?

On est 92 à se lancer sur le 100Miles et 100km confondus. Ils prévoient un peu de pluie vers 11h du mat, mais rien de bien méchant. On part avec les kway au cas où…

De la brume, un ciel très bas. On ne voit pas le haut des gratte-ciels.

Comme sur le 100km, c’est super bon enfant comme course. Pas de prise de tête. On discute avec tout le monde, on s’aide les uns les autres pour trouver les flèches jaunes qui indiquent la direction (j’ai la Fenix5x avec la course chargée, mais je cherche quand même les flèches jaune au cas où. L’esprit d’équipe peut-être).

Y’a plus qu’à

On attaque en passant dans central Park. Les premières petites montées arrivent très vite. Passage du Washington Bridge le long de la piste cyclable le long de l’Hudson river.

On rencontre Marcus, qui nous entend parler Français. Il est originaire de Montréal mais habite désormais en Californie. C’est son premier 100miles mais pas son premier Ultra. Pour la petite histoire : il était de passage à Toronto pour le boulot. Il a décidé d’appeler les organisateurs et a eu son ticket pour le 100miles à la dernière minute. Il achète la veille de la course ses chaussures, sa veste, son sac sur NY… (il a oublié d’acheter des pansements, on y reviendra plus tard ).

Dans le Bronx, Franck nous rejoint après qu’on ai couru 20km. Il vient courir plus de 10 bornes avec nous. Un futur marathonien : je le marque ici devant témoins pour qu’il n’ai plus le choix désormais 😂.

 

Le passage des 50km

Ma ptite femme a 40 de fièvre le jour de la course : impossible pour elle de faire le déplacement.  Je regarde mon portable régulièrement… ça m’inquiète un peu beaucoup à vrai dire, surtout qu’elle est seule avec la demi-portion. Si urgence elle est missionnée d’appeler le 911.

Isabelle prendra donc le relais pour nous ravitailler. Je fais le plein de barres, de pâtes de fruits et je lui laisse le kway… oui oui, vous la sentez venir la blague ?

5Km plus tard…

J’ai donc laissé mon kway il y a peine une demi-heure,  qu’on se prend la flotte. On a pris l’orage pendant un marathon entier… pas des petites gouttes bien sur : la tempête avec inondations des trottoirs, le tonnerre… la totale.

Il fait 24°c : ce n’est pas désagréable d’être mouillé, mais pendant plus de 5heures il y a un gros risque pour les pieds. Encore bravo les champions de la météo : se gourer à ce point c’est quand même fabuleux.

Le jambon beurre, il n’y a que ça de vrai

Je commence déjà à ne plus pouvoir voir en peinture mes barres sucrées, et autres pâtes de fruits. À un ravitos, une des bénévoles a préparé des boules de riz à sushi qu’elle a entouré de cellophane. Je pense honnêtement qu’elle m’a sauvé la journée : j’en ai mangé trois et en ai gardé une qui m’a servi de goûter une heure plus tard. A retenir pour les prochains Ultras !

Un peu mouillé

Les barres, pâtes de fruits et pâtes d’amande passent super bien généralement : je l’ai ai testé tous les weekend. Là j’ai juste besoin de salé : ras le bol du sucré !

On retrouve Zaza au 80km. Marcus est avec nous. Il a les pieds en feu : la faute aux Hoka neuves… Quelle idée aussi de courir avec des chaussures orthopédiques un 100miles ! Et la pluie n’a rien arrangé. J’ai pris quelques pansements dans mon sac au cas ou : ca le soulagera pour la suite.

On laisse Marcus finir de s’occuper de ses bobos. Je récupère mon Kway et on repart direction le passage des 100km.

13h15 de courses !

On franchi les 100km ! J’avais mis 12h55 l’année dernière. J’en peu toujours plus de ces barres, j’ai besoin de salé. Zaza est là et elle nous amène des sandwichs “pain de mie + jambon + Philadelphia Cheese” : l’hypo dans laquelle je suis depuis 30mn disparaît en 5mn. Je repars avec une super pêche.

100km / 62miles

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi en nutrition, ce sont les bagels : grillés avec du fromage dedans ou du jambon, ça m’a rempli l’estomac sans poser le moindre soucis. Les patates sont aussi très bien passées.

Fervent défenseur du “ce n’est pas le jour de la course qu’il faut changer quelque chose” j’ai pris un risque qui c’est avéré être le bon… Cela dit je n’avais pas le choix : c’était ça où je ne mangeais pas pendant 24h… et je n’allais clairement pas finir ce 100 miles (oups j’ai dévoilé la fin de l’histoire).

22h, l’heure d’aller au lit, ou pas

Ça fait 17h qu’on court, on a toujours le sourire, on déconne bien.

Petit coup de mou pour moi à partir de 22h : le sommeil me gagne. Les jambes tournent bien mais ça a été une longue journée. La descente jusqu’à l’océan a été un peu longue : une très grande ligne droite, sans gros intérêt. Un ultra c’est comme une vague : pendant 2heures ça va aller super, puis c’est un peu moins top et là c’est le mental qui doit prendre le dessus, puis ca revient sur le haut de la vague… 

On rejoint les plages du sud de New York City. Le passage de Rockaway Beach est surréaliste : on arrive sur cette plage sur-fréquentée de nuit avec nos frontales, nos Camelbak . Les restos sont pleins, tous sont en tenus de soirée pour aller en club. Gros contraste !

Avant de rejoindre Brooklyn, on passe sur un pont métallique plongée dans la brume. A l’entrée du pont on entend comme un prêtre faire un sermon, ou plutôt comme le gourou d’une secte. Plus on avance, plus la voix porte. On n’arrive pas à savoir où il est : la brume avec la rivière en dessous du pont renvoie le son un peu partout : on ne traîne pas… l’ambiance est trop étrange pour se poser la à essayer de comprendre.

L’arrivée sur Brooklyn se fait par un pont avec une trois voies. On aurait préféré quelque chose de plus calme à minuit, mais est-ce qu’on a le choix ?

Coney Island Copyright https://www.nycgovparks.org

La fameuse plage de Coney Island est très calme. On court sur quelques miles le long de l’eau. Avec le bruit des vagues ce n’est pas désagréable. Quelques jeunes sur des bancs en train de jouer aux docteurs en pensant être tranquille… on les dérange un peu avec nos frontales. Bref, on arrive au mile 81 / 131km.

 

Le téléphone d’Olivier bip : on reçoit des messages sur WhatsApp : on a créé un groupe pour envoyer notre position : en France comme aux US ça veille ou fait nuit blanche pour suivre notre aventure. Ça nous motive énormément !

J’ouvre twitter par moment et voit que j’ai 200 messages. J’en lis quelques uns : ca donne la patate !
Les genoux commencent à bien siffler quelques 30 bornes avant l’arrivée. Dès que ça siffle trop, je me lance sur une marche très rapide à la limite de la course pendant quelques secondes puis me remets à courir. On a adopté un rythme plus cool pour finir en une seule pièce à partir de ce moment.

À partir du Verrazano Bridge

On est clairement entré dans le dur à ce moment là : les genoux ne peuvent plus courir normalement, c’est la tête qui prend le relais pour rester dans l’objectif Time Square. Le mental et toujours le mental !

Toujours sous la brume mais sans pluie, on continue.

Le passage de la ligne d’arrivée en moins de 24h est de plus en plus difficile à projeter : j’ai beau faire plein de calculs savants, ça va être compliqué.

On remonte la 4ème avenue de Brooklyn : une TRÈS TRÈS longue ligne droite de 7km. Brooklyn se réveille (ou se couche pour certain). Le petit virage vers “Carrol St” fait un bien énorme : le paysage change, on passe dans des petites ruelles. On cherche à voir le Brooklyn Bridge (tant attendu) dès qu’on entre sur Court St : c’est la dernière ligne droite sur Brooklyn. On arrive encore a courir lentement en s’approchant du Brooklyn Bridge.

On est seuls sur le pont. La vue sur Manhattan n’est pas terrible : de la brune, encore et toujours… On passe la montée du pont en marchant rapidement, puis on trottine sur la descente. On y est presque !

Manhattan

Il reste 6km a faire. Manhattan dans ce sens ce n’est que du faux plat montant… Tout ce dont on a besoin après 24H de running. Sur whatsapp ca s’agite. Tout le monde espère qu’on fera moins de 24heures mais ce n’est pas évident de trouver des ressources au bout de 155km. Autant l’un que l’autre on dort debout : on arrive à louper l’embranchement pour Broadway en prenant Park avenue. On marche rapidement… on trottine entre deux feux dans Little Italy. Mes genoux piquent énormément.

Le tracé depuis le brooklyn bridge est assez simple : il faut aller chercher Broadway et remonter jusqu’à la 42eme. Mais comme si on en avait pas fait assez, on rallonge encore une fois en se retrouvant sur la 5ème, à la recherche des flèches jaunes… (Je rappelle que j’ai la Fenix au poignet qui me donne la direction en principe… J’ai même pas l’idée de la regarder). Peut-être l’envie d’aller faire un peu de shopping tout simplement !

On compte les rues : 14st, 20st… On se met d’accord sur une stratégie photo de passage de ligne d’arrivée : on ne c’est pas tapé 24h de running pour avoir une photo pourrie à l’arrivée !

Allez on y est là. 40 : encore 2 rues !!! La magie de l’approche de la ligne d’arrivée : le moment où le cerveau se pose et les jambes courent toutes seules !

On est sur la 41ème : on voit le groupe  sur la 42st ! On traverse la route, on entend les encouragement “you did it !”, on arrive sous les Yeahhhhh et on saute tous les deux sur la ligne d’arrivée ! On l’a fait !

On finit ce tour de New York en 24:18:09 !

la ligne d’arrivée tracée à la craie :)

A froid

Autant sur l’entrainement que sur la course, ça aura été une expérience incroyable. J’ai appris beaucoup sur moi-même, sur ma détermination, sur ma résistance à l’effort.

Je n’ai aucun doute sur le fait que je recourrai cette distance un jour. Je me suis encore une fois régalé sur l’entrainement, encore plus que sur le 100km.

La fameuse boucle de ceinture. La médaille des Ultra runners aux USA

Cette aventure n’aurait pas été possible sans l’aide de ma ptite femme et la demi-portion : ca a bousculé un peu nos emplois du temps dès qu’il fallait courir deux marathons (minimum) par weekend, mais au final on a tous réussi à gérer nos activitées respectives.

Le Loup en a un peu souffert : pas évident de gérer un aussi gros entrainement en l’amenant a chaque fois : on a fait des tour de quartier en vélo pour compenser.

Et après ? J’ai toujours ce proverbe en tête “il faut toujours avoir un projet d’avance !“. Et c’est vrai que sans objectif, j’ai du mal à être régulier dans mes préparations.

Cette fois, LE projet qui vient après ce 100 miles c’est de partir vivre au Quebec dans un mois. Après 5 ans aux USA, on passe la frontière retrouver un peu plus de verdure, de simplicité.

L’objectif sera de profiter un max de la ville de Quebec, ses parcs, ses sentiers et son climat. Oui il va faire froid, oui il va y avoir de la neige : mais ca n’empeche pas de courir, bien au contraire ! C’est la seul contrainte que je me suis imposé dans tous mes entraînements : quelque soit le temps qu’il fait, on peut courir dehors !

On a déjà tous les accessoires pour affronter l’hiver : on a les raquettes, les vêtements de running d’hiver, une jeep, un Husky. Y’a plus qu’à !

Copyright “notable.ca”

 

 

 

 

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8 Comments on “Petite balade de 160km autour de New York

  1. Énorme Félicitations!!! Qu’elle course. Quasiment pas de souffrance en lisant le Cr (qui au passage est loin d’être chiant). Avoir couru à deux en plus, ça à du être un beau partage, surtout dans lez moments difficiles!!!! Encore un grand bravo, superbe!!!!

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    • Super partage à deux. À part les genoux sur la fin, j’ai pas eu de problème sur les jambes. Ça a été pareil pour le 100km : je stock peut-être pas l’acide… À analyser tout ça. Merci pour tes encouragements avant pendant après !

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  2. C’est colossal comme course sur route ! Bravo pour ta course et bienvenue au Québec. J’habite à ±5 heures de route de la ville de Québec. J’y vais parfois alors je te ferai signe pour une plus petite balade que 100 miles 🙂

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  3. Un grand bravo à toi mon pote tu as fait une prépa de dingue et que dire de ta course ! Tu es un champion. Faire ça a deux dois être vraiment sympa en effet dans les moments durs. J’ai hâte de connaitre ta prochaine course maintenant qui sera surement au Canada 😉

    Encore bravo

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  4. Ton article me donne envie de manger un bagel… et de me lancer dans l’ultra aussi 😉
    Belle perf et beau CR, bravo à toi champion !

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